Lorsqu’un enfant ne comprend pas une notion en classe, cela est parfois interprété comme un manque de motivation, d’effort ou d’intérêt. Pourtant, comprendre ne dépend pas uniquement de la volonté de l’enfant. Une communication n’est réellement efficace que lorsque le message parvient à la personne à laquelle il s’adresse.
Comprendre demande parfois un autre accès
Dans la vie scolaire, les mêmes situations peuvent se répéter : une notion est expliquée, puis expliquée à nouveau. Malgré cela, l’enfant ne semble toujours pas comprendre.
Cela ne signifie pas nécessairement que l’enfant ne veut pas apprendre. Répéter une explication ne suffit pas toujours : il faut parfois changer la manière de présenter le contenu.
Les besoins diffèrent d’un élève à l’autre. Certains ont besoin davantage de temps, d’exemples concrets, de supports visuels ou d’exercices pratiques. D’autres n’osent pas poser de questions, rencontrent une difficulté à maintenir leur attention ou ont une manière différente de traiter les informations.
Lorsque ces besoins ne sont pas reconnus, l’élève risque de prendre du retard, de participer moins en classe et de perdre progressivement confiance en ses capacités.
La question des langues, mais pas uniquement
Un élève peut comprendre une notion, mais ne pas maîtriser suffisamment la langue dans laquelle elle est expliquée pour suivre le cours, formuler une réponse ou montrer ce qu’il sait. Il peut alors avoir des difficultés à participer, même lorsqu’il possède certaines connaissances.
Au Luxembourg, la langue d’enseignement constitue un enjeu important.
En 2024/2025, environ 66.3% des élèves de l’enseignement secondaire ne parlaient pas le luxembourgeois comme première langue à la maison. Dans l’enseignement fondamental, cette proportion atteignait près de 69%. 1
Ces chiffres ne signifient pas que ces élèves rencontrent tous des difficultés scolaires. Ils montrent cependant la diversité des parcours linguistiques auxquels l’école doit pouvoir répondre. Un élève peut avoir compris une notion sans maîtriser suffisamment la langue utilisée pour l’expliquer, formuler une réponse ou montrer ce qu’il sait.
Les barrières linguistiques ne sont toutefois qu’un obstacle parmi d’autres. À cela s’ajoutent les besoins spécifiques, comme les différentes formes de dyslexies, un trouble de l’attention, une situation émotionnelle difficile ou des conditions de vie instables (liées à la situation familiale, à la santé, entre autres) peuvent également aggraver la situation et modifier la manière dont un élève apprend.
Il n’existe donc pas une seule méthode adaptée à tous. L’école doit pouvoir offrir plusieurs chemins vers la compréhension, grâce à des supports variés, davantage de temps lorsque cela est nécessaire et un accompagnement qui tient compte des besoins spécifique de chaque élève.
Prévenir plutôt que réagir
Les difficultés scolaires apparaissent rarement du jour au lendemain. Le décrochage scolaire est généralement l’aboutissement d’un processus plus long, au cours duquel plusieurs facteurs peuvent se combiner.
En 2024/2025, 1 714 élèves ont quitté prématurément le système scolaire au Luxembourg, soit 7,4% des élèves qui n’étaient plus soumis à l’obligation scolaire. Après exclusion des jeunes qui se sont rapidement réinscrits dans une formation, le taux effectif s’établissait à 5,7. 2
Ces chiffres rappellent l’importance d’intervenir avant que les difficultés de compréhension, les retards et la perte de confiance ne s’accumulent.
Une attention particulière doit être portée à certains signes :
- une baisse progressive des résultats ;
- une participation limitée en classe ;
- des absences répétées ;
- une perte de confiance en soi;
- un changement de comportement ;
- le refus/la peur de demander de l’aide.
Ces signes ne doivent pas être interprétés trop rapidement comme un manque de motivation, comme le comportement d’un élève difficile, voir incapable. Une telle stigmatisation peut renforcer son isolement, fragiliser sa confiance et masquer les obstacles auxquels l’élève est réellement confronté.
Une responsabilité collective
Permettre à chaque élève de comprendre et de progresser ne peut pas reposer uniquement sur l’enseignant. Cela suppose un système éducatif suffisamment flexible pour lui donner les moyens d’adapter son enseignement : du temps, des formations, suffisamment de ressources spécialisées et des supports diversifiés, ainsi que la possibilité de pouvoir offrir un accompagnement individualisé. L’essentiel est de prévenir et d’intervenir avant que les difficultés d’un élève ne deviennent un sentiment d’échec durable.
L’objectif n’est pas de construire un parcours entièrement différent pour chaque élève, mais de créer un cadre dans lequel les besoins particuliers peuvent être vus, reconnus et pris en compte sans devenir une source de stigmatisation.
Repérer les obstacles. Comprendre les besoins. Diversifier les façons d’enseigner et d’apprendre. C’est ainsi que l’école peut donner à chacun la possibilité de progresser, de prévenir le décrochage et réduire les inégalités scolaires.