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Un long trajet vers l’école : une charge invisible pour certains élèves

13 October 2026 by
Plaidoyer Social FEDAS Luxembourg

Pour certains élèves, se rendre à l’école représente un trajet long et fatigant. Plusieurs bus, des changements, des temps d’attente ou un départ très matinal peuvent rendre la journée plus difficile avant même que les cours ne commencent.  

Au Luxembourg, les transports publics et les transports scolaires sont gratuits. Cette gratuité est importante, mais elle ne supprime pas les difficultés liées à la durée du trajet, aux horaires et à la fatigue qu’il engendre.  

Des journées qui commencent tôt  

Lorsqu’un élève doit se lever très tôt pour arriver à l’heure en classe, il dispose de moins de temps pour dormir et récupérer. Or, le manque de sommeil peut influencer la concentration, l’attention et la capacité à mémoriser.  

Des recherches associent les trajets scolaires longs à une baisse de l’engagement dans les apprentissages, à une fatigue psychologique plus importante et à des résultats scolaires plus faibles. Une étude publiée en 2026 dans Frontiers in Psychology montre notamment que chaque minute supplémentaire de trajet est associée à une légère baisse des résultats dans plusieurs matières. ¹  

Un élève qui semble inattentif ou moins motivé n’est donc pas nécessairement désintéressé. Il peut simplement manquer de sommeil ou être déjà éprouvé par son trajet quotidien.  

Des difficultés qui se cumulent  

Le trajet domicile-école n’est généralement pas la seule difficulté rencontrée par un élève. Des conditions de logement difficiles, l’absence d’un espace calme pour étudier, des difficultés financières, des barrières linguistiques, des problèmes familiaux ou de santé peuvent également peser sur son parcours.  

Pris séparément, chacun de ces facteurs peut déjà compliquer la scolarité. Lorsqu’ils se cumulent, un long trajet devient une charge supplémentaire : moins de sommeil, moins de temps pour les devoirs et la récupération, plus de fatigue et davantage de difficultés de concentration.  

Le trajet n’est donc pas nécessairement la cause directe du décrochage scolaire. Il peut toutefois devenir un obstacle de plus pour un élève qui fait déjà face à plusieurs difficultés. Au Luxembourg, 1 714 élèves ont interrompu leur parcours en 2024/2025, soit un taux de décrochage de 7,4% ; en ne comptant que les jeunes qui ne se sont pas réinscrits l’année suivante, ce taux effectif s’élève à 5,7%.²  

La grande fatigue

Selon l’Observatoire national de l’enfance, de la jeunesse et de la qualité scolaire (OEJQS), près de la moitié des lycéens (47%) se déclarent fatigués tous les jours, et presque un tiers (31%) de mauvaise humeur plusieurs fois par semaine.

Dans les cycles 3-4 de l’enseignement fondamental, 48% des enfants se sentiraient fatigués tous les jours ou presque tous les jours, et 35% de mauvaise humeur plusieurs fois par semaine. Du côté des enseignants du fondamental, 75% se déclarent fatigués plusieurs fois par semaine, voire chaque jour.

À l’école spécialisée, près d’un tiers des élèves se sentiraient fatigués, de mauvaise humeur ou nerveux tous les jours ou plusieurs fois par semaine. 74% des enseignants se déclarent fatigués plusieurs fois par semaine, voire chaque jour.

Ces résultats reposent sur les déclarations des élèves et des enseignants. Ils ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet avec les trajets scolaires, mais ils montrent que la fatigue concerne de nombreuses personnes dans le milieu scolaire.

Source : OEJQS, Le bien-être en milieu scolaire : étude nationale auprès des élèves et des enseignants, 2024.³


Quand la place à l’école allonge le trajet  

Le nombre d’élèves dans l’enseignement secondaire augmente : environ 55.000 élèves sont actuellement inscrits dans les lycées, et près de 17.500 élèves supplémentaires pourraient s’y ajouter d’ici 2050.⁴  

Chaque année, les parents inscrivent leur enfant dans un lycée pour l’année suivante. Il n’existe toutefois pas de droit automatique à une place dans le lycée le plus proche. Lorsque les demandes dépassent les places disponibles, la proximité du domicile et la présence éventuelle d’un frère ou d’une sœur dans l’établissement sont notamment prises en compte. Si aucune place ne peut être proposée dans le lycée souhaité, le ministère peut orienter l’élève vers un autre établissement, parfois plus éloigné, ce qui peut allonger encore son trajet.⁵  

 

Pour faire face à cette croissance, le gouvernement prévoit la création de 11 nouveaux lycées d’ici 2050, répartis entre les différentes régions du pays. Cette évolution est également une occasion de réfléchir à l’organisation territoriale de l’offre scolaire et à son impact sur les trajets des élèves.⁶  

Comprendre avant d’agir  

Pour comprendre les difficultés d’un élève, il ne suffit pas de regarder ses résultats ou son comportement en classe. Il est aussi important de s’interroger sur son quotidien: temps passé dans les transports, heure de lever, nombre de correspondances, temps restant pour dormir, faire ses devoirs et se reposer.  

La prévention du décrochage repose sur un repérage précoce et une collaboration entre l’école, la famille et les services compétents. Elle peut passer par une organisation du trajet mieux adaptée, un soutien scolaire, un lieu calme pour étudier, mais aussi par une planification territoriale qui rapproche davantage l’offre scolaire des lieux de vie.⁷  

Un long trajet ne doit pas devenir un obstacle invisible à la réussite scolaire. Pour accompagner les élèves de manière juste, il faut tenir compte de l’ensemble de leur situation : parcours scolaire, environnement familial, conditions de logement, temps de repos et conditions de trajet.  

Mieux comprendre les trajets. Prendre la fatigue au sérieux. Accompagner chaque élève selon ses besoins. 



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